Quelle commission pratiquer en dépôt-vente de créations ?
Publié le · 6 min de lecture
C’est la première question que pose un créateur avant de déposer ses pièces, et l’une des premières que se pose un gérant avant d’ouvrir : quel pourcentage la boutique garde-t-elle sur chaque vente ? Il n’y a pas de taux « officiel », mais il y a des fourchettes bien établies, et surtout une méthode pour fixer le vôtre sans le regretter six mois plus tard.
Les fourchettes observées en France
Pour les boutiques de créateurs et dépôts-vente d’objets faits main, la commission se situe très majoritairement entre 30 et 50 % du prix de vente TTC.
- Autour de 30 % : boutiques associatives ou collectifs de créateurs, souvent complétés par une participation fixe (loyer d’étagère mensuel, permanences assurées par les créateurs eux-mêmes).
- 35 à 45 % : le cœur du marché pour une boutique indépendante classique, qui assume seule le loyer, la présence en boutique et la mise en avant des pièces.
- 45 à 50 % : emplacements premium (rue très passante, zone touristique) ou boutiques qui apportent un vrai travail de merchandising, de communication et une clientèle établie.
À titre de comparaison, l’achat-revente classique pratique un coefficient de 2 à 2,2, soit l’équivalent de 50 à 55 % du prix public. La commission de dépôt-vente est plus basse parce que le risque d’invendu reste chez le créateur. Nous avons comparé les deux modèles en détail dans dépôt-vente ou achat-revente.
Calculez votre plancher avant de regarder le marché
Le bon taux n’est pas celui du voisin, c’est celui qui couvre vos charges. Faites le calcul dans ce sens : additionnez loyer, charges, assurance, abonnements, frais bancaires et votre propre rémunération cible, puis divisez par le chiffre d’affaires mensuel que vous pouvez raisonnablement espérer. Si vos charges représentent 2 800 € par mois et que vous visez 8 000 € de ventes, une commission de 35 % ne laisse rien pour vous payer. C’est un calcul de dix minutes qui évite de découvrir au premier bilan qu’un taux « sympa » était en réalité un taux intenable.
Un exemple chiffré, de bout en bout
Prenons un vase vendu 40 € TTC avec une commission de 40 % sur le prix TTC :
- part boutique : 16 €
- net reversé au créateur : 24 €
Deux détails changent sensiblement ce résultat et doivent être écrits dans le contrat. D’abord l’assiette : 40 % du TTC et 40 % du HT ne donnent pas le même reversement. Ensuite les frais de paiement par carte : s’ils sont refacturés au créateur sur la part payée en CB, dites-le explicitement et faites-le apparaître sur le relevé, ligne par ligne. Un créateur accepte très bien une règle claire ; il n’accepte pas de la découvrir sur son premier relevé.
N’oubliez pas la TVA sur votre commission
Votre commission rémunère une prestation de services. Si votre boutique est assujettie à la TVA, cette commission y est soumise ; si vous êtes en franchise en base, vous facturez sans TVA mais surveillez les seuils de chiffre d’affaires. Le traitement exact dépend de votre statut et du montage retenu (vente pour le compte du créateur, intermédiaire transparent ou opaque) : c’est un sujet à valider avec votre expert-comptable dès l’ouverture, pas à régulariser après coup.
Assumez votre taux, et justifiez-le par les services
Un taux de 40 % peut sembler élevé à un créateur qui débute. Il se justifie sans peine dès que vous listez ce qu’il finance : un emplacement avec du passage, une personne présente six jours sur sept pour vendre et raconter son travail, la mise en scène, l’emballage, l’encaissement, la garantie d’un relevé propre et d’un reversement à date fixe. Les boutiques qui vivent mal la discussion sur la commission sont presque toujours celles qui n’ont pas mis ces contreparties par écrit. Un contrat de dépôt-vente précis et un relevé mensuel transparent font plus pour la confiance que deux points de commission en moins.
Faire évoluer un taux existant
Vous pouvez différencier les taux (créateur historique, gros volume, corner événementiel), à condition que chaque taux soit contractualisé et appliqué automatiquement sur les relevés. Pour augmenter un taux, annoncez-le avec un vrai préavis, appliquez-le aux nouveaux dépôts plutôt qu’au stock déjà en place, et accompagnez-le d’une contrepartie visible. Et si votre outil de caisse gère un taux par créateur, la transition ne demande aucune gymnastique de tableur : le bon taux s’applique à la bonne vente, et le relevé le prouve.